Pic du Midi de Bigorre-Grand Tourmalet

Le Pic du Midi de Bigorre est un sommet de 2877 m situé dans le département des Hautes-Pyrénées, à la limite des communes de Sers et de Bagnères-de-Bigorre. Son observatoire astronomique, édifié en 1878, en fait un site touristique majeur des Pyrénées qui accueille aujourd’hui environ 140 000 visiteurs par an. Sa construction a joué un rôle essentiel dans le développement de la station de ski de La Mongie, située sur le versant oriental du col du Tourmalet, haut-lieu de passage en été du Tour de France depuis 1910. La liaison en 1973 de la Mongie avec Barèges, l’une des plus anciennes stations thermale et de ski pyrénéennes située de l’autre côté du col, a permis de constituer le plus grand domaine skiable des Pyrénées, le Grand Tourmalet. Site scientifique de renommée internationale, labellisé « réserve de ciel étoilé », le Pic du Midi de Bigorre illustre ainsi un des processus possibles de la mise en tourisme des lieux à travers l’alliance entre un site scientifique et une station de ski. (Ill. 1. Le Pic du Midi).

Entrée Encyclo "Pic du Midi", Isabelle Sacareau

Ill. 1 Le Pic du midi (Sacareau février 2025).

Du site scientifique à la station de ski

Le Pic du Midi de Bigorre se dresse au-dessus des vallées de Campan et du Bastan, où se sont développé au 18ème siècle les stations thermales de Bagnères-de-Bigorre et de Barèges. Ces dernières se situent de part et d’autre du col du Tourmalet (2115 m), que franchit la route thermale des Pyrénées, dite route des cols, qui les relie (Ill. 2). Ces vallées vivaient traditionnellement de l’économie pastorale, du thermalisme, et, à la fin du 19ème siècle, des retombées financières de l’hydroélectricité.

Entrée Encyclo "Pic du Midi", Isabelle Sacareau

Ill. 2 Localisation du Pic du midi dans son environnement régional et local (UMR5319 Passages, 2025)

Vu de la plaine, le Pic du Midi de Bigorre a longtemps été pris pour le plus haut sommet des Pyrénées du fait de sa position avancée par rapport à l’ensemble de la chaîne. Il est au 19ème siècle un site d’excursion pour les pyrénéistes et les curistes de Luz-Saint-Sauveur, Barèges et Bagnères-de-Bigorre, qui en font l’ascension l’été au départ du col du Tourmalet. Il offre en effet le plus vaste panorama sur la chaîne pyrénéenne, de la côte basque à l’Ariège, ainsi que par temps clair au nord, sur la Montagne noire et les villes de Tarbes, Auch, Toulouse et Montauban. Sa relative facilité d’accès depuis ces villes et surtout la pureté de son ciel en font un point d’observation privilégié des savants, et en particulier des astronomes, qui envisagent d’en faire un observatoire. (Ill. 3 Panorama sur les Pyrénées en hiver depuis le Pic du Midi).

Entrée Encyclo "Pic du Midi", Isabelle Sacareau

Ill. 3 Panorama sur les Pyrénées en hiver depuis le sommet du Pic du Midi en hiver (Landreaud, février 2020)

La construction au 19ème siècle d’un observatoire astronomique au sommet du Pic du Midi de Bigorre

Ce projet à visée scientifique, initié par la Société Ramond fondée à Bagnères-de-Bigorre en 1866, reçoit l’adhésion de la bourgeoisie régionale et en particulier d’un jeune général établi à Bagnères-de-Bigorre, Charles du Bois de Nansouty et de l’ingénieur Célestin-Xavier Vaussenat. Les premiers terrassements au sommet commencent en 1875 dans des conditions très difficiles. Les premiers locaux sont achevés le 8 septembre 1882 et reçoivent la visite du célèbre pyrénéiste Henry Russel, ainsi que des membres de la Société Ramond, du Club alpin français et de multiples sociétés géographiques et géologiques (Sanchez, 1999 ; Davoust, 2000 ; Bourgeois, 2016). L’Observatoire est cédé la même année à l’État, car les initiateurs du projet ne peuvent supporter à eux seuls le coût de la construction et de l’entretien du site. Les travaux se poursuivent jusqu’au début du 20ème siècle, avec la construction de la coupole Baillaud et de son télescope de 50 cm, le « Vaisseau des Étoiles ».

Les savants venus travailler au Pic y accèdent l’été à pied ou à dos de mulet depuis le col du Tourmalet. Mais durant l’hiver, ils sont coupés du reste du monde. Malgré la construction de la route Tourmalet-Sencours et sa prolongation jusqu’aux Laquets en 1933 (Ill.1), ils doivent être ravitaillés par porteurs, dont plusieurs sont victimes d’accidents mortels. De plus, les installations de l’Observatoire sont abimées après la Grande Guerre. Un rapport de l’inspection des Observatoires français préconise alors de le fermer, provoquant la mobilisation des élus locaux et des scientifiques. Pour sauver l’activité scientifique du site, son directeur, Jules Baillau, propose la construction d’une liaison par téléphérique sur la face nord du Pic depuis le col des Lacquets.

Une opportunité saisie par les acteurs locaux pour l’aménagement d’une station de ski

Or, dans le même temps, un autre projet de nature touristique, celui-là, prend forme dans la vallée de Campan sur les estives de La Mongie. L’entre-deux-guerres a vu l’apparition de la pratique du ski, en particulier dans la vallée voisine du Bastan, où se localise la station thermale de Barèges. C’est là qu’est créé en 1935, sous l’impulsion de son maire, Urbain Cazeaux,  la première école de ski des Pyrénées, ainsi que le tremplin de saut à ski de l’Ayre en 1936, et le funiculaire du Lienz en 1937. Il s’agit de la première remontée mécanique des Hautes-Pyrénées. Elle permet d’accéder directement, depuis le centre de Barèges, aux champs de neige situés à 1500 m au-dessus (Fourcassier, 1939, Bertrand, 1965, Chadefaud et Dalla Rosa, 1978 ; Bérot 2014). Dans la vallée de Campan, en revanche, la station thermale de Bagnères-de-Bigorre est située trop bas pour être le point de départ de tels aménagements. Les membres du Cercle des Sports de Bigorre et de la section du Club Alpin Français de Bagnères-de-Bigorre créée en 1899, ont alors l’habitude de skier sur les estives enneigées de la Mongie en empruntant la route du col du Tourmalet. Mais à cette époque, il n’existe pour les abriter que deux bergeries, une cabane en planche et un grand refuge en dur, construit par Yvonne Arène, championne de ski locale (Bérot, 2014).

L’un des membres du Cercle des Sports, Pierre Lamy de la Chapelle (1892-1944), saisit alors l’opportunité du projet de construction du téléphérique du Pic du Midi. Il propose une liaison alternative au projet initial, qui s’effectuerait au départ du site de La Mongie, à 1800 m d’altitude. Le premier tronçon de ce téléphérique serait accessible aux skieurs, et s’arrêterait au lieu-dit du Taloulet, afin de desservir les champs de neige du versant Est du col du Tourmalet. Un second tronçon réservé aux scientifiques relierait cette gare intermédiaire au sommet. L’avantage de ce projet serait d’obliger les pouvoirs publics à déneiger la route du Tourmalet en hiver, souvent coupées par des avalanches, et d’en faire la voie principale d’accès à l’Observatoire, mais aussi à la future station de ski qu’il rêve d’édifier (Bérot, 2014).

Avec l’appui du directeur de l’Observatoire et du champion de ski Émile Allais, Pierre Lamy de La Chapelle use de toute son influence auprès du Ministre des Sports pour faire aboutir ce projet, qui voit le jour après la 2ème Guerre mondiale. Les travaux de construction du téléphérique du Pic du Midi durent de 1950 à 1952. Ils s’accompagnent de l’arrivée de l’électricité jusqu’à La Mongie et au sommet du Pic en 1949, ainsi que de la réalisation des premiers captages d’eau. La construction du téléphérique permet d’aménager de nouvelles terrasses, surmontées de coupoles et de nouveaux bâtiments d’habitation. Avec l’inauguration du téléphérique en 1952, le Pic du Midi devient facilement accessible aux scientifiques en toute saison.  La construction du « bâtiment interministériel » entre 1959 et 1962, au pied de l’antenne des télécommunications construite en 1963, permet de regrouper les activités d’astronomie, de météorologie, de télévision et de navigation aérienne (Davoust, 2000 ; Bourgeois, 2016) (Ill. 4).

Entrée Encyclo "Pic du Midi", Isabelle Sacareau

Ill. 4 Antenne de télécommunication de l’Observatoire du Pic du Midi (Landreaud, février 2020).

La construction progressive du plus grand domaine skiable des Pyrénées françaises

Ces infrastructures, indispensables au fonctionnement de l’Observatoire, ouvrent alors la voie à l’aménagement d’une véritable station de sports d’hiver à La Mongie, sous l’impulsion des municipalités de Campan et de Bagnères- de-Bigorre. Ces dernières en confient la construction et la gestion à la SELAM (Société d’Équipement de La Mongie) pour un bail de 18 ans.

Le développement de la station de ski de La Mongie sur le modèle alpin des stations de 2ème génération

Profitant du chantier d’envergure qu’est l’aménagement du Pic, les initiatives privées locales se multiplient . Le tout premier téléski des Pyrénées, « le Pain de Sucre » est ouvert en 1946.  En 1951, est construit l’hôtel de l’Hermitage, ainsi qu’un autre téléski, « La Carrière », du nom du lieu où on extrayait les matériaux des chantiers. En 1952, date de l’inauguration du téléphérique du Pic, les frères Dabat, champions de ski locaux, ouvrent un snack et une 3ème remontée mécanique, « Pène Blanque ». En 1955, c’est au tour de la ville de Bagnères-de-Bigorre et de la SELAM d’investir dans la construction de la remontée mécanique des « Petits Sapins ». Un directeur de la station, Maurice Jeannel, est nommé en 1953. Durant les dix ans de son mandat, il fait l’inventaire de tout le domaine skiable, assure la promotion de la station en Espagne et crée une école de ski sur place. Celle-ci joue un grand rôle dans la popularisation de la station, en accueillant les jeux télévisés Inter-neige, animés par Guy Lux en 1966-1967 (Bérot, 2014). De même, le passage du Tour de France en été, dont l’étape mythique du col du Tourmalet a forgé la légende,  assure la publicité de la station. Chaque été, de nombreux cyclistes amateurs en font l’ascension.

La capacité d’hébergement se développe avec l’ouverture de deux hôtels, l’installation d’un chalet de l’ASPTT et d’un refuge de l’UFOLEP, tandis qu’un plan d’urbanisme conçu en 3 zones est mis en place : autour de la place de la Chapelle sont aménagés des boxes commerciaux en arc de cercle, qui constituent le front de neige. Le long de la route du col du Tourmalet sont construits les hôtels et les parkings, tandis que les chalets individuels se dispersent au-dessus (Chadefaut et Dalla Rosa, 1978). Ce modèle d’aménagement est inspiré de celui des stations alpines de 2ème génération, avec à l’aval, une route d’accès jalonnée de parking et en amont, la grenouillère, point de rendez-vous des écoles de ski et des remontées mécaniques ouvrant sur un domaine skiable en amphithéâtre. (Ill.5 Station de ski de La Mongie).

Entrée Encyclo "Pic du Midi", Isabelle Sacareau

Ill. 5 Station de ski de La Mongie. (Sacareau, février 2025)

De la jonction à la fusion entre Barèges et La Mongie :  la naissance en 2000 du Grand Tourmalet

Le bail de la SELAM arrivant à son terme en 1963, la commune de Campan reprend à son compte la gestion des remontées mécaniques et du domaine skiable dont elle est propriétaire, laissant à la commune de Bagnères-de-Bigorre la charge du domaine bâti de la station (Chadefaud et Della Rosa, 1978). En 1969 est mis en chantier un grand ensemble immobilier, La Mandia, sur le modèle de La Plagne, afin d’héberger 1500 familles. Il offre sur place des boutiques, restaurants et services, ainsi qu’un hôtel 3 étoiles inauguré en 1971. Ce développement, inspiré des stations alpines, bénéficie de l’aide financière du FACEM, un fond d’aides aux collectivités du Conseil général de Hautes-Pyrénées pour l’équipement de la montagne (Jalabert, 2021).

L’idée du maire de Campan est désormais d’opérer la jonction par le col du Tourmalet avec la station de ski de Barèges, qui lui a longtemps tournée le dos. Celle-ci vient en effet d’ouvrir un vaste domaine skiable, Super-Barèges, au bout de la route qui mène à un immense parking.  Cette jonction s’opère en 1975. Les skieurs peuvent désormais évoluer avec le même forfait de part et d’autre du col du Tourmalet. Mais les années 1980-1990 voient apparaître des difficultés financières. Le vieillissement des installations et les irrégularités de l’enneigement dans les Pyrénées nécessitent de nouveaux investissements, en particulier l’équipement en canons à neige et en télésièges débrayables à grande capacité. Un endettement, croissant affecte les deux stations et plus particulièrement Barèges au début des années 1990 (Jalabert, 2011).

Cette situation pousse au rapprochement des deux stations. Leurs régies municipales finissent par fusionner en 2000 pour constituer un seul et même ensemble, la station du Grand Tourmalet, avec l’entrée dans son capital de la région Occitanie et de la banque des territoires (ibidem). Sa gestion est confiée à la société d’économie mixte N’Py, créée en 2004. Elle regroupe 7 stations des Hautes-Pyrénées et détenait 55% des parts de marché des stations de ski pyrénéennes en 2019. Après quelques années difficiles entre 2005 et 2008, les investissements permettent de moderniser le domaine skiable, de le remodeler et de l’agrandir à 360 ha pour atteindre les dimensions de son concurrent espagnol, Baqueira-Beret  (ibid.).

Le Grand Tourmalet, plus grand domaine skiable des Pyrénées françaises

Le Grand Tourmalet est aujourd’hui le plus grand domaine skiable des Pyrénées françaises. Il comporte 100 km de descentes réparties en 58 pistes de tous niveaux. Elles s’étagent de 1400 à 2500 mètres d’altitude. On y accède par 27 remontées mécaniques (Ill.6 Plan du domaine skiable du Grand Tourmalet). Un Snow Park a été aménagé sous le col, côté Barèges, pour accueillir les nouvelles glisses freestyle (https://www.tourmaletpicdumidi.com/decouvrir/station-de-ski-la-mongie/).  La station souffre néanmoins d’un urbanisme daté et d’une architecture hétéroclite. (Ill.7 Front de neige de La Mongie). Elle doit envisager comme bien d’autres stations une diversification de ses activités pour sortir de la dépendance au « tout-ski ». Elle s’est ainsi engagée dans une opération de requalification urbaine (ZPPAUP de La Mongie, 2010). Celle-ci vise au renouvellement de l’offre hôtelière et à sa montée en gamme par la réhabilitation des établissements les plus dégradés (ouverture d’un hôtel 4 étoiles) et à une amélioration des espaces publics pour proposer une offre de loisirs toute l’année. Une esplanade enneigée accessible aux piétons comme aux skieurs a été aménagée près de la grenouillère entre la Chapelle,  le télésiège des Sapins et la gare du téléphérique du Pic du Midi. Elle comporte un jardin d’enfant, un tapis débutant et une « family zone » où sont proposées des activités ludiques, été comme hiver, aux enfants comme aux visiteurs de passage du Pic du Midi. Des promenades en raquettes, mais aussi en chien de traineau, en motoneige et des animations d’initiation au biathlon complètent l’activité de ski après la fermeture des pistes.

Entrée Encyclo "Pic du Midi", Isabelle Sacareau

Ill.6 Plan du domaine skiable du Grand Tourmalet (N’PY, Plan des pistes 2024-2025)

Entrée Encyclo "Pic du Midi", Isabelle Sacareau

Ill.7 Front de neige de La Mongie (Sacareau, février 2025)

Le Pic du Midi :  une nouvelle alliance entre activité touristique et scientifique

Par la qualité de ses infrastructures, la pureté de son ciel, et grâce aux recherches menées, entre autres, pour le programme Apollo de la Nasa, l’Observatoire du Pic du Midi acquiert une réputation internationale auprès des scientifiques et une belle image de marque auprès du grand public (Davoust, 2000). Cependant, son statut qui oscille entre recherches astronomiques et recherches météorologiques, est sans cesse questionné et sa pérennité régulièrement remise en cause dans les années 1980 (Bénos et al., 2016). Jugé trop coûteux, vieilli, et concurrencé par d’autres observatoires internationaux dans le monde, comme ceux du Chili, son activité scientifique décline, et l’État envisage sa fermeture en 1994.

Le tourisme au secours de l’activité scientifique du Pic du Midi

Conscient de l’impact de l’Observatoire du Pic du Midi en termes d’image, les collectivités locales, appuyée par la région Midi-Pyrénées et le département des Hautes-Pyrénées, se mobilisent à nouveau pour sauver l’Observatoire. La création en 1995 du Syndicat mixte pour la Valorisation du Pic du Midi a pour but de réhabiliter les installations scientifiques et de les compléter dans la perspective d’un accueil au grand public de nuit comme de jour. Le projet « Pic 2000 » est en effet clairement fondé sur le tourisme, avec comme perspective de doubler le nombre de visiteurs en le portant à 150 000 personnes : «… l’enjeu de ce projet est de doter la Région Midi-Pyrénées et le département des Hautes-Pyrénées d’un grand site touristique, de contribuer à moderniser un haut-lieu de l’activité scientifique nationale et régionale et enfin de valoriser un lieu-attribut pour les Hautes-Pyrénées »  (Bourgeois, 2016, p. 223). Le tourisme vient ainsi au secours du site scientifique en danger.

L’ancien téléphérique de service est remplacé en 2001 par un nouveau téléphérique de plus grande capacité permettant d’accéder au sommet en moins de 15 minutes. (Ill.8 Téléphérique du Pic du Midi).  Il ouvre les pentes enneigées du Pic du Midi à des descentes en ski hors-piste (free-ride), au ski-alpinisme et à la pratique de l’escalade sur la cascade de glace de son versant nord, faisant du site un haut-lieu pyrénéen de ces pratiques sportives. 750 m2 de terrasses avec un solarium, une table d’orientation et des télescopes sont aménagés, pour permettre d’admirer le panorama et de visiter une partie des installations scientifiques. On assiste ainsi à une imbrication des activités touristiques et scientifiques, avec l’accueil de clubs amateurs d’astronomie, l’aménagement d’un planétarium immersif dans la vieille coupole Baillaud, d’un musée consacré à l’astronomie et d’une exposition permanente de photographies retraçant l’histoire de la construction du site. L’aménagement d’une passerelle suspendue en verre, appelée « le Ponton du ciel », l’organisation régulière d’animations, de concerts et de spectacles, et l’ouverture d’un restaurant et d’un hôtel de 27 lits où les touristes peuvent passer la nuit pour observer le ciel étoilé, complètent le dispositif (Ill.9 Terrasses de l’Observatoire du Pic du Midi).

Entrée Encyclo "Pic du Midi", Isabelle Sacareau

Ill. 8 Téléphérique du Pic du Midi (Sacareau, février 2025)

Entrée Encyclo "Pic du Midi", Isabelle Sacareau

Ill.9 Terrasses de l’Observatoire du Pic du Midi (Sacareau, février 2025)

La labellisation RICE (Réserve Internationale de Ciel Étoilé), un tremplin vers une labellisation UNESCO du Pic du Midi

En 2009, année mondiale de l’astronomie, une association d’astronomes du Pic du Midi lance l’idée d’une Réserve de Ciel Étoilé. Porté par le Syndicat Mixte pour la Valorisation Touristique du Pic du Midi, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour et d’autres partenaires, le projet se concrétise en 2013 (Bourgeois, 2016). La RICE est labellisée par l’International Dark-Sky Association. Elle est alors la 6ème dans le monde et la première en Europe. Elle est gérée par le Pic du Midi, le Parc National des Pyrénées et le Syndicat Départemental de l’Énergie des Hautes-Pyrénées. Elle s’étend sur 3 000 km2 et sur 251 communes déployées autour du Pic du Midi de Bigorre et de la zone cœur du Parc National et des réserves de Néouvielle et d’Aulon.

Pour les promoteurs de la RICE, il ne s’agit pas tant de protéger le ciel de la pollution lumineuse, que de mobiliser le plus grand nombre d’acteurs régionaux autour de la question des économies d’énergie par l’amélioration de l’éclairage public (Bénos et al., 2016). Faire du ciel une nouvelle ressource paysagère afin de favoriser l’observation astronomique et le tourisme scientifique semble un objectif secondaire. Le tourisme demeure cependant une préoccupation présente à l’échelle locale. La RICE est perçue comme ayant un fort potentiel d’attractivité et de renouvellement de l’image du Pic du Midi et de sa région. Il peut de ce fait devenir un outil de promotion en vue d’une autre labellisation, auxquelles les collectivités aspirent :  l’inscription du Pic sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, dont le dossier a été déposé en septembre 2025.

En attendant, le lien entre le Pic et la station s’est renforcé avec l’ouverture, sur le col du Tourmalet, de la Maison du Tourmalet Pic du Midi et de sa Maison de la Nuit. Ce centre d’animation et de médiation scientifique autour des thématiques touchant à la nuit et à l’environnement, est constitué d’un espace d’accueil et d’information, d’une boutique et d’un espace scénographique. Il devient ainsi une porte d’entrée vers les installations sommitales du Pic, qui s’affirme désormais comme un pôle d’attraction majeur de la station et un des hauts-lieux du tourisme pyrénéen.

Isabelle SACAREAU

Bibliographie

  • Bénos Rémy, Challéat Samuel, Dupuy Pierre-Olivier, Lapostolle Dany, Milian Johan, Poméon Thomas et Girard Frédéric, 2016, « La protection de la nuit d’un haut-lieu touristique de montagne : la réserve de ciel étoilé du Pic du Midi comme nouvelle ressource territoriale », dans Delaplace Marie et Gravari-Barbas Maria, (dir.), Nouveaux territoires touristiques, invention, reconfigurations, repositionnements. Québec, 1ère ed. Presses de l’Université du Québec, pp. 55-82.
  • Bertrand Alice, 1965, « Barèges, station de sports d’hiver », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 36, fasc. 1, pp. 70-77
  • Bérot Marcellin,  2014, Petite Histoire de La Mongie verte et blanche. Cressé, Éditions des Régionalismes, 161 p.
  • Bourgeois Nicolas, 2016, La protection du ciel étoilé : approche de la construction sociale et de la mise en œuvre d’une pratique émergente, thèse de géographie de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, 402 p.
  • Briffaud Serge, 1994, Naissance d’un paysage, la montagne pyrénéenne à la croisée des regards, XVI-XIXème siècle, AGM, Archives des Hautes Pyrénées, CIMA-CNRS, Université de Toulouse II, 622 p.
  • Chadefaud Michel, 1987, Aux origines du tourisme dans les pays de l’Adour. Du mythe à l’espace : un essai de géographie historique. Pau, Université de Pau et des Pays de l’Adour, 1010 p.
  • Chadefaud Michel et Dalla Rosa Gilbert, 1978, « La neige des Pyrénées occidentales : enjeux et stratégies des collectivités locales, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, Tome 49, fasc.4, pp. 477-515.
  • Davoust Emmanuel, 2000, L’Observatoire du Pic du Midi : cent ans de vie et de science en haute montagne. Paris, CNRS Éditions, 532 p.
  • Demolombe Luc, 2010, ZPPAUP de La Mongie, dossier réglementaire, 43 pages.
  • Fourcassier Jean, 1939, « Le ski aux Pyrénées », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 10, fasc.2, pp.107-116.
  • Hagimont Steve, 2022, Pyrénées, une histoire environnementale du tourisme, Champ Vallon, 424 pages.
  • Hagimont Steve, 2017, Commercialiser la nature et les façons d’être : une histoire sociale et environnementale de l’économie et de l’aménagement touristique (Pyrénées françaises et espagnoles, XIX-XXème siècle). Toulouse, thèse d’histoire de l’Université Toulouse II, 3 volumes, 1210 pages.
  • Jalabert Laurent, 2021, « Les stations de sports d’hiver dans les Pyrénées occidentales : trajectoires historiques et politiques publiques (1945-2020) », Sud-Ouest européen, 51 | 2021, pp.25-39.
  • Sanchez Jean-Claude, 1999, Le Pic du Midi de Bigorre et son observatoire : histoire scientifique, culturelle et humaine d’une montagne et d’un observatoire scientifique, Pau, éditions Cairn, 334 pages.

Sitographie et littérature grise