Bikini
Objet vestimentaire emblématique des sociétés balnéaires depuis son apparition en 1946, le bikini occupe une place centrale dans l’imaginaire et les pratiques du tourisme contemporain. Son étude le place à l’intersection des normes corporelles et morales, des rapports de genre, avec la sexualisation du corps féminin, réduit à un objet de désir, et des logiques économiques. Plus qu’un vêtement, le bikini est un jalon pour comprendre l’évolution des sociétés de loisirs ou la diffusion des normes sociales à l’échelle mondiale. D’un atoll du Pacifique aux plages méditerranéennes (voir encadré ci-dessous de Rémy Knafou sur bikini et franquisme), ce toponyme, devenu une marque déposée, révèle les dynamiques culturelles, économiques et symboliques du tourisme.
De la bombe atomique à la bombe anatomique
Jusqu’en 1946, très peu de gens connaissent le mot « bikini », car il s’agit d’un atoll de Micronésie de 8,8 km², dont les motu ceinturent un vaste lagon de 594 km², profond et ouvert par de larges passes. Son nom dérive du toponyme colonial allemand Bikini donné à l’atoll lorsqu’il faisait partie de la Nouvelle-Guinée allemande, translitération du nom marshallais de l’île, Pikinni, « Pik » signifiant « surface plane » et « Ni » signifiant « cocotier ». Bikini s’est fait connaître en devenant le lieu où a explosé la quatrième bombe atomique après « Trinity » dans le désert du Nouveau-Mexique, Hiroshima et Nagasaki en 1945. Les essais « Crossroads » sur Bikini sont les premiers d’une longue série d’essais nucléaires dans les îles Marshall. Ce sont les premiers à avoir été annoncés publiquement à l’avance et observés par des journalistes invités. Ils bénéficient d’une couverture médiatique importante. Une flotte de près de cent navires de guerre avait été rassemblée dans le lagon afin de tester l’efficacité de l’arme atomique sur de gros bateaux (Illustration 1). La presse avait donc évoqué le nom de cet atoll avant les deux tests nucléaires du 1er et du 25 juillet.

Ill.1 Test Baker du 25 juillet 1946 sur l’atoll de Bikini (Source : National Nuclear Security Administration).
Dans un contexte de rationnement et de pénurie, il est vraisemblable que la consonnance exotique et la structure même du mot « Bikini » attira l’attention de Louis Réard (1896-1984), ingénieur chez Renault qui avait créé en 1928 une société de fabrication de bonneterie. Le 20 juin 1946 il dépose au greffe du tribunal de la Seine (Bulletin officiel de la propriété industrielle, 20 juin 1946, p. 1706) la marque Bikini et ses dérivés, tels que monokini, à partir de l’analyse habile de bikini, dont le préfixe « bi » signifie double. En gardant le radical -kini on peut faire varier le préfixe, ce qui va donner, outre monokini, trikini, microkini, stringkini, skirtkini, burkini, facekini, etc. pour nommer ou faire la promotion ultérieurement d’autres formes de maillots de bain ou d’articles en rapport avec la plage. Aux Etats-Unis, le mot prend le sens d’énorme explosion en 1947 avant de ne désigner très rapidement que le maillot deux-pièces, selon le Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert, 2022, p. 261). Entre mode et destruction massive, « bikini » va se diffuser à travers le monde, jusqu’en Chine, où il est très populaire sous la traduction phonétique 比基尼(bǐ jī ní), alors que la version interprétative 三点式游泳衣 (maillot de bain qui couvre les trois points) est beaucoup moins utilisée.
La presse mondiale fit sa une le 2 juillet 1946 sur ce premier essai nucléaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. France Soir consacre la plus grande partie de sa première page à cet événement et titre : « À Bikini, la flotte cobaye a résisté ». Trois jours plus tard, Louis Réard lance son maillot à la piscine Molitor, dans une version minimaliste laissant les fesses totalement découvertes. Les mannequins habituelles ayant refusé de le présenter, il fait appel à une danseuse nue de 18 ans du Casino de Paris, Micheline Bernardini. Le maillot est tellement petit qu’il tient dans une boîte d’allumettes de 5 cm de côté. Ces quelques dizaines de cm² de tissus et leur conditionnement, qui permettent un bronzage maximal ou « ubiquiste » (Coëffé, 2010, p. 63), sont une réponse au grand couturier Jacques Heim (1889-1967) qui avait lancé, en 1932, des maillots de bain deux-pièces, baptisés « l’Atome », précurseur donc du bikini. N’oublions toutefois pas que l’idée de couvrir séparément la poitrine et le bassin remonte à l’Antiquité, comme on peut le voir sur des mosaïques romaines. Le choix de ce nom tient dans le fait que pour son créateur il s’agissait de la plus petite pièce qui pouvait être produite pour la confection. Deux ans plus tard, il lancera des paréos assortis [Mettre le lien vers l’entrée paréo]. On est encore loin du bikini de Louis Réard, car le bas avait une forme boxer et couvrait le nombril. Bikini est donc une réponse provocatrice à Jacques Heim, qui va continuer de produire son « Atome » dans des versions de plus en plus réduites, dévoilant elles aussi le nombril. Cette concurrence a donc pour toile de fond le début de l’ère nucléaire, prolongement de la découverte de la radioactivité naturelle par Pierre et Marie Curie, à l’origine de l’introduction de termes scientifiques prestigieux dans la mode et l’architecture, en témoignent par exemple les multiples hôtels Radium. Quelque choquante que puisse paraître l’association d’une arme de destruction massive avec les loisirs balnéaires, il n’est pas rare qu’un concept scientifique devienne un argument marketing. Un tel transfert donne une aura de modernité aux produits vendus.
Le motif du maillot que porte Micheline Bernardini, un collage imprimé de gros titres de journaux témoigne de l’importance de la presse dans le lancement du bikini et de la déflagration que celui-ci doit provoquer (Alac, 2012). Plusieurs acceptions du mot « bombe » vont être utilisés. La sortie du bikini le 5 juillet 1946 doit ainsi faire « l’effet d’une bombe ». Dans un registre plus familier voire argotique les femmes le portant sur la plage seront des « bombes anatomiques ». Ces jeux de mots ne plaisent guère au milieu de la mode qui rejette Louis Réard, ce dernier enfreignant les règles du bon goût et de la morale. Il montre encore ses talents de communicant en faisant fabriquer une voiture publicitaire ayant la forme d’un canot à moteur, combinant sa passion pour le textile et l’automobile (Illustration 2). Ce véhicule participe en 1949 au concours d’élégance d’Enghien-les-Bains puis sillonne les routes au sein de la caravane du Tour de France cycliste et dans les villes littorales. Des jeunes femmes en bikini, juchées sur la plage arrière suscitaient la plus grande curiosité sur leur passage.

Ill. 2 La voiture bateau de Louis Réard (Source : Artcurial).
À une époque où le bikini est encore perçu comme osé, il est d’ailleurs interdit dans certains pays, comme la Belgique, l’Italie ou l’Espagne (l’encadré ci-dessous rédigé par Rémy Knafou développe cette question) ainsi que dans certaines stations balnéaires françaises, la chanson écrite en 1960 par Paul Vance et Lee Pockriss, interprétée par Brian Hyland provoque un essor soudain de ses ventes et favorise son acceptation dans la société. Sa version française, pour Dalida d’abord (Lazzarotti, 2021, p. 125), sort quelques mois après (cf. encadré). Plusieurs « films de surf » ou « films de plage » (Beach Party en 1963, Muscle Beach Party en 1964, Beach Blanket Bingo en 1965, etc., ou le documentaire Endless Summer en 1966), au début des années 1960, mettant en avant une nouvelle culture de la plage chez les jeunes, vont également favoriser son adoption. Tout au long des années 1950, il est porté par des sirènes du cinéma telles que Brigitte Bardot (Illustration 3), Jayne Mansfield ou Diana Dors. Il apparaît également dans les concours de beauté en maillot de bain organisés dans les stations balnéaires de Floride et de Californie (Webber-Hanchett, 2005). Ursula Andress porte l’un des bikinis les plus célèbres de l’histoire dans le film de Terence Young James Bond contre Dr. No (1962).

Ill. 3 Brigitte Bardot lors du Festival de Cannes 1953 (Source : Getty Images)
Itsi Bitsi Petit Bikini (1960)
Lucien Morisse / André Salvet (Barclay)
Sur une plage, il y avait une belle fille
Qui avait peur d’aller prendre son bain
Elle craignait de quitter sa cabine
Elle tremblait de montrer aux voisins
1, 2, 3, elle tremblait de montrer quoi ?
Son petit itsi bitsi teenie weenie, tout petit petit bikini
Qu’elle mettait pour la première fois
Un itsi bitsi teenie weenie, tout petit petit bikini
Un bikini rouge et jaune à p’tits pois
1, 2, 3, voilà ce qui arriva !
Elle ne songeait qu’à quitter sa cabine
Elle s’enroula dans son peignoir de bain
Car elle craignait de choquer ses voisines
Et même aussi, de gêner ses voisins
1, 2, 3, elle craignait de montrer quoi ?
Son petit itsi bitsi teenie weenie, tout petit petit bikini
Qu’elle mettait pour la première fois
Un itsi bitsi teenie weenie, tout petit petit bikini
Un bikini rouge et jaune à p’tits pois
1, 2, 3, savez-vous c’qui arriva ?
Elle doit maintenant s’élancer hors de l’ombre
Elle craint toujours les regards indiscrets
C’est le moment de faire voir à tout le monde
Ce qui la trouble et qui la fait trembler
1, 2, 3, elle a peur de montrer quoi ?
Son petit itsi bitsi teenie weenie, tout petit petit bikini
Qu’elle mettait pour la première fois
Un itsi bitsi teenie weenie, tout petit petit bikini
Un bikini rouge et jaune à p’tits pois
Si cette histoire vous amuse
On peut la recommencer
Si c’est pas drôle je m’excuse
En tout cas c’est terminé.

Du bikini au burkini
Il faudra attendre près de 20 ans pour que le monokini, un maillot de bain une-pièce sans soutien-gorge, ne se diffuse (Illustration 4). Dans Le Monde du 25 juillet 1964 on peut constater que les seins nus sont strictement interdits : « Le ministre de l’intérieur a demandé aux préfets de rappeler aux maires qu’il ne leur appartenait pas d’autoriser le port du « monokini ». Ce maillot de bain, précise M. Frey, constitue un outrage public à la pudeur qui relève de l’article 330 du code pénal ». D’autres dérivés de bikini font leur apparition et feront couler beaucoup d’encre, tel le burkini (ou burqini), créée en 2004 en Australie et marque déposée en 2006, contraction de bikini et de burqa, alors que le visage n’est pas couvert. Suite à la vague d’attentats de 2015-2016, plusieurs municipalités, de la Côte d’Azur notamment et très majoritairement de droite, l’interdiront sur leurs plages (Bidet et Devienne, 2017). Le Conseil d’Etat invalidera ces arrêtés municipaux. Le burkini va être instrumentalisé à propos de la place des femmes dans l’islam, notamment celui de leurs corps dans l’espace public (Bidet, 2017).

Ill.4 Plageuses en monokini à Ibiza en 2004 (Source : J.-Ch. Gay)
En 2004 est également créé à Qingdao (Chine), le facekini (Illustration 5), d’abord pour se protéger des méduses mais qui est aussi largement utilisé par les femmes de 50 ou 60 ans pour se protéger du soleil et du bronzage (Guibert et Taunay, 2021). Il ne faut pas oublier entre 1946 et 2004, l’apparition du stringkini dans les années 1970, dont l’origine serait étatsunienne sous l’influence d’une mannequin brésilienne. On peut le considérer comme un retour à la version minimaliste du bikini de Louis Réard, avec des ficelles reliant les différentes pièces de tissus, couvrant donc peu la poitrine et les fesses. Au même moment, le microkini pousse plus loin encore le dévoilement du corps féminin en laissant des marques de bronzage encore plus petites. Il est associé à l’épilation brésilienne à la cire. Il s’agit ici de jouer avec les limites légales de la décence entre nudisme et maillot de bain.


Ill. 5 Facekinis sur une plage de Sanya, province d’Hainan, Chine (Source : J.-Ch. Gay, 2015)
Le développement de publicités de plus en plus érotisées et du porno chic dans les années 1990 souligne la tendance à l’hypersexualisation du corps féminin dans une logique de marchandisation. Les maillots deux-pièces se garnissent de soutiens-gorges à coussinets et à balconnets baleinés pour rapprocher les seins et leur donner du volume. Symbole de l’émancipation des femmes dans les années 1970-1980 (Kaufmann, 1995), le topless perd du terrain, surtout chez les jeunes. Alors que sa pratique concerne aujourd’hui les femmes mûres et plus diplômées, les nouvelles générations ne souhaitent très majoritairement plus se découvrir la poitrine en public (IFOP, 2022). Dans une société dominée par le culte de l’apparence et la profusion d’images de corps parfaits, la peur de ne pas se conformer aux normes esthétiques en vigueur devient un obstacle pour celles qui ont intégré l’idée qu’un corps devait être « sans défaut » pour pouvoir s’exposer en public (Verklan, 2020). Paradoxalement, le reflux des seins nus sur les plages est associé récemment au dévoilement des fesses, par l’échancrure plus prononcée sur l’arrière des maillots, allant du type cheeky, où seul le bas des fesses apparaît, au brazilian cut, où elles sont plus découvertes (Illustration 6). Cette évolution s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs qui interrogent la malléabilité des règles régissant la pudeur. Cette sexualisation ciblée des fesses fait de celles-ci une zone érotique légitimée dans l’espace public balnéaire. Elles sont ainsi pensées pour être vues, photographiées et partagées sur les réseaux sociaux (Instagram TikTok, etc.). En toile de fond de cette dynamique, on trouve le diktat du regard masculin et une esthétique du corps tonique et galbé, obtenu par les séances de fitness, les squats ou la chirurgie esthétique (Le Breton, 1990).

Ill. 6 Bikinis sur une plage mauricienne (Source : J.-Ch. Gay, 2026)
C’est toute une industrie qui est derrière cette mise en scène de la silhouette, sans cesse renouvelée par l’industrie de la mode et stimulée par l’essor des fibres synthétiques (Xiang, 2022), comme le spandex en 1958, aussi appelé élasthane. Le maillot deux-pièces n’est donc pas seulement un changement de mode : il résulte à la fois des progrès dans les textiles et d’une idéologie de la perfection corporelle. Dans l’Angleterre de la fin des années 1930, il y a un décalage profond entre l’image glamour diffusée par les magazines de mode et la réalité matérielle des baigneurs. D’un côté on avait celles qui pouvaient s’offrir des maillots industriels de qualité. De l’autre, on trouvait les femmes de la classe ouvrière, qui tricotaient des maillots en laine devenant lourds et se déformant une fois mouillés (Brook, 2025, p. 179).
La mode, en fonctionnant sur des petites variations, renouvelle en permanence le produit maillot de bain, moins pensé pour la baignade que pour être regardé. Dans ces conditions, il est vite démodé et se doit d’être modifié. Logiques commerciales et nouvel impératif esthétique viennent en contradiction avec la volonté du mouvement féministe d’affranchir le corps des femmes des multiples injonctions masculines, notamment esthétiques, ce qu’Audrey Millet nomme « post-féminisme néolibéral » (2022, p. 213). Le bikini reste toujours un des moyens d’évaluer le corps féminin dans les concours de beauté et de le déshabiller.
Entre diffusion et invisibilisation
En 2010, l’atoll de Bikini est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco. Sa valeur universelle exceptionnelle (VUE) tient dans le fait que ce lieu symbolise l’entrée dans l’ère atomique en étant un exemple remarquable de sites d’essais nucléaires. Les 23 bombes qui y ont été testées dans les airs ou dans les eaux du lagon, de 1946 à 1958, ont eu des conséquences majeures sur la structure géologique de l’atoll, sur son écosystème et sur la santé des populations, expulsées puis irradiées. On y trouve de nombreux vestiges militaires (bunkers, épaves, etc.) ainsi que des éléments paysagers terrestres et sous-marins caractéristiques, tel l’immense cratère Bravo produit par la plus puissante bombe H jamais testée par les États-Unis. Le retentissement international des essais qui s’y sont déroulés est à l’origine des nombreux mouvements d’opinion en faveur du désarmement nucléaire (Unesco, 2009). Le maillot de bain nommé bikini contribue à occulter cette histoire tragique, spécialement pour les insulaires. De manière paradoxale, les premiers missionnaires chrétiens leur ont imposé des vêtements pour cacher leur nudité (Illustration 7), les évangéliser et les « civiliser » (Teiawa, 1994). Un siècle plus tard, c’est la société occidentale qui se dénude sur les plages pendant que celles-ci deviennent un lieu de dépossession pour les Bikiniens, déplacés d’abord vers l’atoll de Rongerik, où ils souffrirent de pénuries alimentaires et d’intoxications dues au poisson, puis sur l’atoll d’Ujelang, puis sur Kwajalein et enfin sur Kili, une île sans lagon ni mouillage protégé, les empêchant de pêcher et de naviguer en pirogue. Ils vécurent au bord de la famine pendant plus d’une décennie. En 1968 on promit aux 540 Bikiniens qu’ils pourraient désormais retourner sur leur terre natale, et ordonna que l’atoll soit réhabilité et repeuplé. La population de l’île augmenta lentement au cours des cinq années suivantes pour atteindre environ 100 personnes, jusqu’à ce qu’en juin 1975, lors d’une surveillance régulière de Bikini, des tests radiologiques révèlent des « niveaux de radioactivité plus élevés que prévu initialement ». Il fallut évacuer en 1978 toute la population, car la plupart étaient irradiés. Après de multiples opérations de dépollution et de décontamination, Bikini accueille depuis 1996 jusqu’à 250 touristes par an et offre une expérience exceptionnelle de plongée au milieu des épaves de cuirassés, croiseurs ou sous-marins. C’est devenu un site de renommée internationale pour des plongeurs expérimentés.

Ill. 7 Le dévoilement du corps, une question de pudeur (Source : Bill Bates, Fiji Sun, 1978)
La diffusion mondiale du bikini contraste avec la trajectoire insolite de l’atoll éponyme, devenu aujourd’hui une destination touristique confidentielle difficile d’accès pour un tourisme de niche. Mais derrière cette opposition se cache un monde fragmenté : la Guerre froide expliquant l’usage intensif par les Etats-Unis et la France de certains atolls du Pacifique pour développer leur capacité de dissuasion nucléaire ; l’acceptation ou le rejet du bikini traduisant l’adhésion ou la résistance à des normes culturelles occidentales. Ainsi, l’attrait précoce, dès les années 1960, en Europe occidentale pour ce maillot de bain ne doit pas faire oublier les résistances durables à celui-ci dans certaines régions (États-Unis puritains, régimes autoritaires, sociétés conservatrices) ou les interdictions et les polémiques dans des contextes religieux ou politiques spécifiques. De sorte que le bikini peut être symbole d’émancipation, de décadence morale, de domination occidentale ou de consommation mondialisée. Une lecture féministe peut en faire un outil d’émancipation corporelle ou un instrument de normalisation et de discipline des corps ainsi que de marchandisation.
De la marque déposée à l’inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité, le bikini est un objet particulièrement pertinent pour articuler espace, temps, corps et société. Il est au croisement de l’histoire culturelle, de la géographie sociale, de la sociologie du genre ou des études postcoloniales. Les Bikiniens sont l’incarnation d’une violence coloniale et nucléaire par l’invisibilisation de leur tragique destin au profit d’un objet associé au loisir, au plaisir et au corps. L’exotisme du nom « bikini » est exemplaire d’un processus de domination coloniale et occidentale qui persiste dans le langage et les représentations.
Bibliographie
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