Séminaire de recherche en tourisme "Transports, mobilités, tourisme : enjeu d'un champ historiographique en devenir"
14 avril 2026

Dans le sillon de la multiplication des travaux scientifiques, le surf est devenu depuis quelques années un objet de recherches fécond dans le domaine des sciences humaines et sociales. À l’échelle francophone, depuis les travaux fondateurs de Jean-Pierre Augustin (1994) dont l’objectif consistait à identifier les incidences territoriales de cette pratique sportive sur les dynamiques sociospatiales des stations littorales (Falaix et Favory, 2002; Augustin, 2007), nombreux sont les chercheur·es qui investissent le sujet avec l’intention de mettre en exergue le fait que le surf peut être considéré comme une épiphanie des dynamiques sociospatiales, touristiques, culturelles et politiques.
Phénomène mondial, désormais inscrit au panthéon des disciplines olympiques, le surf est pratiqué sur la plupart des littoraux par une population d’adeptes de plus en plus hétérogène. Au-delà de la seule dimension sportive, le surf contemporain permet d’exhumer un héritage culturel dont le berceau originel se situe au cœur de l’archipel hawaïen (Coëffé, 2010; Lemarié, 2018). Le surf est aussi appréhendé dans sa dimension politique (Guibert, 2006), c’est-à-dire que les recherches mettent l’accent sur les stratégies élaborées par les pouvoirs publics pour inscrire cette activité dans une perspective de patrimonialisation et ainsi renforcer l’attractivité touristique des territoires. Le surf acquiert alors les attributs d’une véritable ressource territoriale (Falaix, 2012), non sans redessiner les contours des normes corporelles initialement fondées sur les bains de mer (Corbin, 1988), les «sociabilités plagiques» (Urbain, 1994; Coëffé et al., 2012), mais aussi les tropismes balnéaires ou les dynamiques socioculturelles du tourisme littoral.
Cette mise en tourisme du surf (Falaix, 2015), qui se caractérise notamment par la commercialisation de l’encadrement de la pratique, la sécurisation et l’aménagement des sites de pratique, ainsi que la promotion d’une programmation événementielle autour des éléments culturels véhiculés dans les imaginaires collectifs de cette pratique sportive, n’est pas sans soulever de nombreux enjeux, sans éprouver certaines limites (Taglioni et Guiltat, 2015), et sans s’interroger sur ces dimensions prospectives (Guibert, 2021). En effet, la mise en tourisme du surf suppose d’analyser comment s’orchestre l’encadrement de la pratique sur les plans juridique et pédagogique. Elle nécessite également d’appréhender le caractère durable du développement touristique dont certaines recherches, plus particulièrement celles entreprises dans le monde universitaire anglo-saxon, pointent les limites dans la mesure où la promotion du surf sur le segment touristique n’est pas nécessairement corrélée avec une approche durable des territoires (Ponting et O’Brien, 2013; Borne et Ponting, 2015).
Par ailleurs, de nouvelles dynamiques se font jour et contribuent au développement touristique de certains territoires (Lemarié et Domann, 2019). La médiatisation du surf de grosses vagues ou des compétitions sportives renforce la notoriété de certains villages côtiers. L’artificialisation des sites de pratique (Falaix, 2018) autorise le développement touristique et sportif de territoires situés dans l’hinterland ou dans les zones urbaines éloignées de l’océan. La mise en tourisme du surf n’est alors pas sans renvoyer aussi à la nécessité de préserver les qualités environnementales du milieu océanique que certains pratiquants s’emploient à défendre (Wheaton, 2007; Simoncini, 2014; Weisbein, 2016). La promotion touristique du surf convoque également des imaginaires (Benassi, 2018), des mythes (Lemarié et Chamois, 2018), des esthétismes (Barjolin-Smith, 2020), des croyances (Booth, 2001), des stéréotypes (Maillot, 2011); s’inscrit parfois dans un syncrétisme culturel mâtiné d’une dimension folklorique (Penot, 2021); entérine souvent les discriminations genrées (Waitt, 2007; Roy, 2014; Schmitt et Bohuon, 2021); et exacerbe les conflits entre les usagers de l’espace maritime (Falaix, 2014; Guyonnard et Vacher, 2016). Enfin, une nouvelle forme de développement du surf s’orchestre. Elle s’inscrit dans la veine d’un slow tourisme (Lebreton et al., 2020), plébiscite de nouvelles formes d’écologie corporelle (Andrieu, 2017) fondées sur une relation parfois transcendantale avec la nature (Anderson, 2013) afin de renouer avec le caractère existentialiste de cette pratique maritime (Falaix, 2015; 2017) ou de prévenir certaines pathologies.
Ce dossier thématique envisage donc de décrypter quelles sont les logiques touristiques qui traversent les mondes pluriels, sinon ambivalents (Lafargue, 2015) du surf. Trois grands axes sont identifiés dans lesquels les contributions proposées devront s’inscrire.
Le premier axe concerne l’analyse des conséquences qu’engendre la promotion du surf sur la structuration des territoires touristiques balnéaires des points de vue sociospatial, culturel et/ou économique. Les contributions attendues peuvent également aborder la reconfiguration potentielle de la gouvernance touristique littorale en identifiant les éventuelles formes de contestations politiques qu’élaborent les pratiquants (Weisbein, 2015; Falaix et al., 2021). Par ailleurs, ce premier axe permet d’appréhender quelles sont les conditions socioculturelles et politiques qui autorisent ce processus de mise en tourisme du surf et d’identifier quelles sont les enjeux relatifs à la sécurisation de la pratique, à la formation d’une catégorie socioprofessionnelle d’acteurs sportifs (Guibert, 2012), à la prise en compte de la durabilité, à la sanctuarisation des sites de pratique auxquels renvoie la constitution de réserves de surf ou bien encore à l’examen des retombées économiques induites par le développement du surf.
Le deuxième axe consiste à interroger les imaginaires de la récréation contemporaine et les mythes fondateurs de la culture surf qui sont véhiculés dans le cadre de la promotion touristique de cette pratique sportive. Les contributions pourront, à titre d’exemple, évoquer si les imaginaires touristiques du surf entérinent les dominations genrées qui traversent l’univers des sports institutionnels (Guibert et Arab, 2016) ou les stratégies marketing des entreprises du surf (Terfous et al., 2019), s’ils véhiculent toujours la dimension contre-culturelle (Loret, 1995; Guibert, 2011), c’est-à-dire le caractère postmoderne de cette pratique sportive. Cet axe entend aussi être un espace de réflexions sur l’analyse des logiques de commercialisation de la pratique en incluant la question de l’artificiliation des sites de pratique, mais aussi en décryptant les répercussions de l’inscription du surf à l’agenda olympique et la promotion de la dimension événementielle qui voit le jour dans une logique de complémentarité avec la démocratisation de la pratique sportive.
Le troisième axe porte sur l’analyse de l’émergence d’une offre sportive et touristique ayant le surf comme objet et tournée vers une nouvelle cosmotique (Evers, 2006; Booth, 2013). Les contributions attendues au sein de cet axe devront mettre en lumière comment s’orchestre l’émergence d’un «slow tourisme du surf» qui reconfigure le rapport au corps, au temps, à l’espace, à l’autre, à la nature, et permet l’accès à la pratique à des publics éloignés de ce type de culture sportive.
Les auteur·e·s doivent faire parvenir un manuscrit rédigé en français ou en anglais présenté selon les règles de la revue, disponibles au : https://journals.openedition.org/teoros/168
Les textes soumis, en format Word (pas de PDF), doivent avoir de 7000 à 8000 mots.
Chaque article doit inclure:
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Pour plus d’information, consultez les documents suivants :
La date limite pour soumettre un résumé est le 1er septembre 2022.
La date limite pour soumettre un texte est le 15 janvier 2023.
Les propositions de résumés et de textes doivent être adressées à la revue : teoros@uqam.ca
Prière d’inscrire « Tourisme et Surf » dans la ligne de l’objet.
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