Appel à communication Le végétal dans les villes coloniales

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Le végétal au-delà du végétal

La seule comptabilisation des parcs et des jardins publics, largement mise en avant au titre des actions des pouvoirs publics, est loin de rendre compte de la couverture végétale réelle d’une ville. En effet, le végétal en ville, c’est l’ensemble des espaces végétalisés, privés ou publics (au sens de l’ouverture au public ou celui de la propriété foncière du terrain), gérés mais aussi délaissés ou spontanés, situés à l’intérieur ou à proximité d’une «aire urbaine». Il concerne également les plantes isolées comme les formations végétales très développées (boisement, haies, friches, pelouses, etc.), les plantes ornementales comme les plantes nourricières de l’agriculture urbaine.

Il s’agit avec ce colloque de nous intéresser plus spécifiquement aux villes colonisées par des pays européens au Maghreb, en Afrique sub-saharienne ou en Asie, voire en Amérique centrale et du sud, toutes profondément transformées et façonnées pendant la période coloniale. Certaines villes comme Alger ou Marrakech ont ainsi fait partie des «villes-laboratoires» dans le domaine de l’urbanisme colonial que l’on retrouve dans tout l’empire français (Forestier, 1997; Coquery-Vidrovitch, 1988; Goerg, 2006; Taïbi et El Hannani, 2019), et le végétal participe de ces modèles urbains, hier comme aujourd’hui (Gillot, 2014). Le végétal colonial, qui constitue dans ces villes un patrimoine souvent délaissé, vient s’intriquer aux héritages antérieurs, arabo-amazigh, turcs, romains, byzantins, etc., et aux nouveaux espaces publics et privés créés après les indépendances et aujourd’hui. Le végétal est souvent un élément majeur de ces villes, que ce soit le végétal aux fonctions alimentaires des zones agricoles urbaines privées, le végétal domestiqué public des parcs et jardins et des arbres d’alignement notamment des quartiers coloniaux, ou celui plus ou moins spontané. Les reliques pré-coloniales s’intriquent à celles plus ou moins dégradées de la période coloniale et les nouvelles formes post-coloniales privées et publiques. Par ailleurs, ce végétal constitue dans ces villes, un marqueur de l’espace soulignant ou créant notamment une ségrégation socio-spatiale en partie héritée de la période coloniale entre les villes européennes et les villes indigènes, ou aujourd’hui entre quartiers de villas et quartiers paupérisés.

Elément de marketing territorial, ce végétal a parfois profondément marqué les imaginaires et s’affiche dans les récits de voyageurs ou littéraires. En effet, ce végétal est parfois indissociable des représentations iconographiques et des descriptions d’écrivains et voyageurs, et sert de support marketing pour le tourisme dans certaines villes, comme à Marrakech (Maroc) par exemple (Chevrillon, 2002; Tharaud, 1920; El Hannani et al., 2017), même si cette image de villes vertes, qui perdure depuis la période coloniale, est de plus en plus déconnectée des réalités au fur et à mesure de l’extension et la densification de ces villes dès la période coloniale, se traduisant par l’accentuation de leur caractère minéral. Le végétal ayant tendance à reculer dans l’espace public où il n’est souvent plus représenté que par quelques arbres alignés le long de certaines voies de communication et quelques jardins souvent mal entretenus à l’exception de quelques uns emblématiques restaurés, il reste par contre bien représenté dans les lieux touristiques, et certains quartiers de villas, où il se développe également dans l’espace privé des jardins.

Ces villes sont aujourd’hui pour la plupart confrontées d’un côté à la demande pressante de logements de qualité par une population croissante, impliquant  densification et/ou étalement urbain, et donc recul du végétal en ville, et de l’autre, à des enjeux environnementaux majeurs en contexte de changement climatique qu’il faut anticiper et dont il faut limiter les effets, et assurer simultanément un cadre de vie de qualité aux habitants.

Axes thématiques

Ce colloque qui s’adresse aux diverses communautés scientifiques ainsi que professionnels de géographes, historiens, architectes-urbanistes et paysagistes mais aussi littéraires ou écologues, s’intéressera au végétal patrimonial des jardins historiques et coloniaux, aux espaces agraires urbains et péri-urbains, aux arbres d’alignement et remarquables, ainsi qu’au végétal des espaces publics et privés post coloniaux.

Les thématiques abordées peuvent concerner les politiques publiques et les formes publiques et privées de création et de gestion des espaces verts dans les villes coloniales, que ce soit par les pouvoirs publics ou les paysagistes et architectes-paysagistes. On s’intéressera aussi aux processus de construction/préservation des paysages végétaux dans les villes coloniales ainsi qu’aux fonctions actuelles et passées de ce végétal urbain ou péri-urbain, non seulement les fonctions et services écosystémiques classiques, mais également les fonctions spécifiques aux environnements coloniaux du végétal comme élément de domination, et aujourd’hui de ségrégation socio-spatiale.

Ces analyses pourront s’appuyer sur des corpus littéraires, des archives, de l’imagerie satellitaire et aérienne ou de l’iconographie, comme des travaux de terrain d’enquête ou d’observation paysagère.

On pourra aussi aborder le végétal comme élément de «patrimoine» ou «héritage» dans les villes coloniales et ses dynamiques d’évolution à échelle historique. La question du végétal comme support marketing des villes du sud pourra aussi être intéressante.

En savoir plus: ici.

Modalités de soumission

Calendrier:

  • 1er septembre 2022: date limite pour la soumission de propositions.
  • 30 septembre 2022: information de l’avis du conseil scientifique.
  • 15 et 16 novembre 2022: colloque à la Maison de la Recherche Germaine Tillion de l’université d’Angers (5 bis boulevard Lavoisier, Angers).

Les propositions de contribution, évaluées par le comité scientifique doivent être envoyées avant le 1er septembre 2022 aux adresses suivantes:

La participation au colloque fait l’objet d’une inscription payante qui inclut les documents du colloque, les pauses café et les 2 buffets repas de midi les 15 et 16 novembre:

  • 50€ pour les enseignants-chercheurs et autres statuts de pays du Nord.
  • 25€ pour les enseignants-chercheurs et autres statuts de pays du Sud.
  • 20€ pour les étudiants.

Le dîner de gala le soir du 15 novembre est ouvert sur inscription pour un montant de 35€. Il aura lieu dans la ville d’Angers.

Les paiements devront se faire par carte bleue ou chèque exclusivement.

Une publication de certains travaux pourra être envisagée à l’issue du colloque. Des démarches sont en cours avec différentes revues et maisons d’édition.